Rencontre avec nos artistes : Thylacine

Rencontre avec nos artistes : Thylacine

lundi 8 novembre 2021

Le 25 juillet 2021, la 16e édition du Festival 1001 Notes a enflammé le public, avec Thylacine, musicien et compositeur français de musique électronique, qui revisite les plus grand morceaux et aussi les oubliés de la musique classique.

Avec beaucoup de fraîcheur et d’enthousiasme, il répond à nos questions, juste avant de rencontrer et de gagner notre public Limousin. 

Festival 1001 Notes : Si on te dis présente-toi, tu dirais quoi ?

Thylacine : Je dirais que je suis un compositeur qui aime bien voyager. Je fais de la musique électronique, que je mélange à tout ce que je trouve particulier et intéressant.  Et j‘aime avoir un rapport instinctif, naïf et Intuitif avec ma musique. Par ce que la musique, c’est avant tout un rapport d’émotions et de ressenties.

Festival 1001 Notes :  Qu‘as-tu appris de tes voyages spatio-temporels ? 

Thylacine : Au départ, j’ai vraiment beaucoup voyagé pour explorer le monde, découvrir des lieux, des gens, des histoires et exploiter chaque découverte et émotion. Mais dernièrement, je me suis rendu compte que je n’avais pas à partir trop loin pour trouver ce dont j’ai besoin.

Pour ce qui est de la première fois où j’ai fait un voyage dans le temps, je dirais que c’était pour un projet au château de Versailles, pour lequel on m’a invité afin de tirer quelque chose musicalement du lieu. Donc, j’ai passé une journée et trois nuits d’enregistrement, en immersion complète entre les mécanismes d’horlogerie, les clavecins, les craquements du parquet et l’aura du Château, ce qui a créé  « Versailles ». Et c’est là que j’ai réalisé, qu’il me suffisait juste de traverser le périphérique, pour nourrir mon inspiration. Cette expérience m’avait vraiment beaucoup stimulé. Même si j’ai toujours envie de traverser la planète, j’ai aussi réalisé qu’il y avait d’autres possibilités, bien plus proche. 

Festival 1001 Notes : Comment fais-tu pour donner la priorité à tes projets ? 

Thylacine : Des fois il y a des obsessions ! Par exemple, pour Transsiberian, mon premier album, a été confectionné pendant deux semaines, durant 160 heures de train et près de 1000 gares traversées. Le projet est née à une époque où je faisais ma tournée de concerts en train. Et je me trouvais plus efficace dans le train que chez moi, donc à ce moment, j’avais compris qu’il fallait que je trouve une façon de partager cette aventure. 

Festival 1001 Notes : Donc, le mouvement fait partie de ton processus de création ?

Thylacine : c’est pleins de choses qui s’entremêlent, le fait de ne pas être tout le temps au même endroit, d’avoir un paysage sans cesse en mouvement et qui change, voir des gens qui passent, rencontrer des gens, le fait est d’être dans une bulle et d’être couper de temps à autre de la connexion, Il n’ y a pas de programmes pendant ces heures de train, il n’y a rien qui va venir me déranger, c’est une sorte de temps libre, rien qu’à moi et au monde qui m’entoure. 

Je pense qu’il est extrêmement important de trouver des plages de compositions, dans lesquelles on se laisse aller sans interruption, même si on perd la notion du temps. Et le voyage permet cela. 

Festival 1001 Notes : créer en studio, c’est antinomique pour toi ? 

Thylacine : Ce qui fonctionne le mieux pour moi, ce n’est pas d’être enfermé dans un studio, à moins que ça soit une découverte avec des machines et instruments que je ne connais pas. Je préfère être ailleurs. 

Festival 1001 Notes : Qu’en est-il pour la série Ovni ?

Thylacine : La série OVNI(s), créé par Clémence Dargent et Martin Douaire et réalisé par Antony Cordier, sur Canal+, m’a permit d’avoir un peu plus de visibilité. Comme l’histoire se déroule à la fin des années 70, je suis allé dans un lieu dans lequel il y a une collection immense d’instruments de toutes les époques. Et c‘est avec ces instruments-là que j’ai composé la musique de la série. 

Vous savez, des fois c’est assez simple. Quand la rencontre et l’inspiration se retrouvent, la magie opère. 

Festival 1001 Notes : Comment as-tu vécu le confinement ?

Thylacine : J‘ai été très actif ! Il faut dire que j’ai eu un peu de chance pendant le confinement, d’une part, j’étais parti pour deux semaines dans les montagnes suisses au moment du confinement, et j’ai fini par y rester 2 mois. Donc, tout naturellement, j’ai utilisé ces deux mois, pour créer autant que je le voulais. Et j’ai finalement, retrouvé cet espace, ce calme et cette complicité avec les instruments comme pendant mes voyages. Et pour le coup, je me suis vraiment fait plaisir de créer, sans limite. C’était une expérience, c’est assez drôle et intense. J’ai pu continuer l’élaboration de mon projet Timeless, que j’avais commencé avant, mais pour lequel je n’avais pas trop le temps d’avancer. 

Festival 1001 Notes : Qu‘est-ce qui t’a donné envie de t’intéresser aux classiques contemporains ? Qu’est-ce qui a été le déclencheur?

Thylacine :  Au début de mes études, je n’appréciais pas particulièrement la musique Classique. Je l’ai redécouvert assez tardivement. Et au final, je me sentais plus proche de certains compositeurs de musique classique que d’un groupe de rock ou de rappeur. Et puis ça a été aussi un hasard de circonstances.  J’ai travaillé sur un morceau avec Thibault Cauvin, et ça a mis en lien des personnes qui m’ont challengé un peu sur ces choses-là. Et je me suis plié au jeu assez simplement. 

Festival 1001 Notes : Qu‘en est-il de tes choix de compositeurs ?

Thylacine : Beaucoup de mélanges ! J’ai toutes sortes de mélodies que tout le monde connaît ou pas, et que j’ai envie d’emmener ailleurs. Ce qu’il faut surtout réussir à faire, c’est trouver l’axe, une chose qui n’est pas toujours évidente, mais qui vaut la peine d’être cherché et transformer. C’est un véritable challenge de trouver comment exploiter une musique. Pour moi ce qui est intéressant en tant que compositeur, c’est d’aller toujours sur des terrains différents. 

Quand je travaillais sur Beethovencet espèce de rythme lent amènent toujours un rythme un peu trip-hop.  Alors que pour Verdi, j‘ai même été obligé de ralentir parce que pour  l’époque c‘était du hard rock. Et c’est ça qui est intéressant et amusant : Le fait de trouver une façon de les faire se matcher et à chaque fois c’était de -belles- surprises. 

Festival 1001 Notes : Est-ce que tu n’as pas eu cette crainte de dénaturer certains sons ?
 
Thylacine : Heureusement qu’au début, j’étais un peu coupé du monde. Je n’ai pas eu ce genre de pensées ou de réflexions. La plupart des musiciens avec qui j’en ai parlé me traitaient de fou (en rigolant) me demandant « comment ai-je pu toucher à Satie? ». Sauf que moi, j’aime bien m’amuser en fait. (rire aux éclats).

Je pense que l’avantage que j’ai eu, c’est une sorte de naïveté, de vouloir jouer sans me poser dix mille questions, j’ai honnêtement travaillé sans arrières-pensées. Donc, pour nourrir mes pistes, je suis allé enregistrer un chaman, des voix en Argentine, etc. 

Festival 1001 Notes : ça fonctionne à chaque fois ? 

Thylacine : Les quelques fois où ça n’a pas fonctionné, c’était lorsque je respectais trop le morceau et que j’arrivais pas à le casser. Alors que des fois, par exemple, le clair de lune Debussy, j’ai pu lui laisser de la place tout en construisant autour.

Ça a été un peu une leçon, donc j’y vais à fond, puisque ça ne sert à rien d’y aller avec des pincettes, ça a peu d’intérêt. L’idée étant de faire quelque chose de nouveau, je teste et au final ça se passe bien. 

Festival 1001 Notes : as-tu eu des retours de la part de mélomanes ?

Thylacine : Et  bien, j’ai été agréablement surpris, parce que je me suis rendu compte qu’y avait pas mal de gens qui travaillaient dans la musique classique ou qui évoluait autour de la musique classique et qui sont justement content d’avoir une sorte d’accroche pour dire qu’on peut se permettre, de faire ce que je fais. 

Il y a eu un plutôt un rapport positif à ce que je fais. Et au final, le public est assez large. 

 
Festival 1001 Notes : parle-nous un peu de Sheremetiev, d’où est-ce qu’est venu l’idée? 

Thylacine : Dans Sheremetiev, avec Cécile Chabert, on s’est dit que c’était le bon moment pour repartir de zéro. Qu’après les voyages, on attaquerait un projet plutôt ambitieux, qui nous permettra d’aller vraiment jusqu’au bout de nos idées. On voulait une image forte, tout en restant minimaliste et les gens ont bien apprécié.   

Festival 1001 Notes :Depuis quand collabores-tu avec Cécile Chabert ?

Thylacine :La première collaboration, c’était sur le projet du château de Versailles. Mais Cécile et moi, on s’est rencontré aux beaux-arts, puis nos chemins se sont séparés et finalement, on s’est retrouvées plus tardivement. Il y a vraiment une sorte de cohésion entre nous, qui fonctionne tout naturellement et qui permet des travaux comme ce clip de Sheremetiev.

Festival 1001 Notes :Est-ce que le Festival 1001 Notes est le premier festival de musique classique qui t’appelle sur sa scène ?

Thylacine :(tout sourire) Oui et c’est le premier où je suis vraiment un peu le seul dans la programmation à envoyer de la basse.

Festival 1001 Notes :Comment as-tu réagi en recevant l’invitation ?

Thylacine :J‘était heureux de recevoir cette invitation et de m’ouvrir à un plus grand public. Je voulais aller jusqu’au bout de la démarche et vu les circonstances dans lesquelles on se trouve en ce moment, c’est le meilleur moment pour le faire.

Festival 1001 Notes :Comment prends-tu le fait de jouer devant un public pour qui tu serais une découverte ?

Thylacine :C‘est vrai que je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre, de la part du public. Mais c’est ça aussi qui reste intéressant ! Quand les festivaliers auront l’air contents, je penserais sûrement que je les ai gagnés. Et il n’y a pas de meilleur sentiment que celui-ci.

Festival 1001 Notes : dernière question qui n’en est pas une. J’aimerais une confidence ou tout ce que tu aurais envie de dire, en résumé, le mot de la fin est à toi.

Thylacine :Merci pour tout. J’espère repartir avec ma caravane que j’ai transformée en studio et qui tourne aux panneaux solaires. J’espère aussi faire un autre continent l’année prochaine. Je pense que quelque part, il faut toujours trouver des avantages à ce qui se passe. Donc, ne perdons pas espoir.

Festival 1001 Notes : Merci pour tout !
Surtout n’hésitez-pas à suivre l’actualité de Thylacine, à travers ces réseaux, sa page Youtube et le site internet de sa talentueuse partenaire vidéaste !
Ouafa Zaidi