Ric’key Pageot : « Je suis attiré par les artistes qui ne sont pas enfermés dans un style »

Ric'key Pageot : "Je suis attiré par les artistes qui ne sont pas enfermés dans un style"

mercredi 7 avril 2021


Le pianiste Ric’key Pageot accompagne Madonna lors de ses tournées depuis 2008. © Ric’key Pageot

Pianiste, producteur, compositeur, directeur musical, les casquettes ne manquent pas à Ric’key Pageot. Né à Montréal (Canada), celui qui fut le plus jeune directeur musical du Cirque du Soleil vit aujourd’hui à Los Angeles où il a depuis travaillé avec Madonna, Cher et nombre de stars de la pop internationale. Entretien avec ce pianiste-monde.

Qu’est-ce que le piano signifie pour vous, et quand avez-vous commencé à en jouer ?

J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de huit ans, un an après avoir mis de côté la guitare sur laquelle mon père m’apprenait à jouer. Le piano m’a plu bien davantage. C’est un instrument vraiment universel. Je continue encore d’en découvrir les nuances, le mécanisme, l’âme et les différentes possibilités.

Avez-vous été influencé par des musiciens en particulier dans votre enfance ?

Ma famille a été ma première influence musicale avec mon père, bassiste électrique, et mon grand frère, flutiste. On faisait souvent des spectacles en famille à Montréal. Parallèlement à mes cours de piano à l’école Pierre-Laporte, lié au conservatoire Vincent d’Indy, mon père nous apprenait à jouer de la musique haïtienne, cubaine, brésilienne, jamaïcaine, le rock, le jazz et la pop. Une autre des influences de mon enfance était le pianiste et ami de la famille Eddy Prophète. Mon père nous emmenait chez lui chaque dimanche. Je jouais des pièces classiques sur son piano à queue et il interprétait des harmonies de jazz. Il a toujours cru en moi. J’ai eu la chance de lui rendre visite pendant les fêtes en 2019 pour lui montrer mon certificat d’artiste Steinway.

Vous avez été le pianiste de Madonna pendant son tour «Sticky and Sweet» en 2008-2009. Comment cela est-il arrivé et comment vous a-t-elle contacté ?

Oui, j’ai fait les quatre dernières tournées mondiales de Madonna, et la tournée «Sticky & Sweet» en 2008 était ma toute première. Elle voulait faire intervenir un nouveau groupe pour cette tournée. J’avais fait connaissance avec son nouveau directeur musical avant l’un de mes spectacles avec le Cirque du Soleil en Floride l’année précédente. Il lui a présenté mon CV. Elle a été convaincue lorsqu’elle a vu que je jouais aussi de l’accordéon car elle entendait en incorporer dans ses numéros, dont « La Isla Bonita », « Don’t Cry for Me Argentina » et « You Must Love Me ».


© Ric’key Pageot 

Madonna n’est pas la seule célébrité avec laquelle vous avez travaillé. Pouvez- vous nous raconter certaines de vos autres expériences avec de grands artistes ? 

Bien sûr ! J’ai aussi joué avec Cher et Diana Ross. Comme vous le voyez, j’ai tendance à attirer les grandes stars de sexe féminin (rires). Je ne sais pas pourquoi mais je ne m’en plains pas ! Ces trois femmes ont une éthique de travail admirable. C’est toujours fascisant d’être témoin de leur façon de faire et de pouvoir jouer avec leurs chansons intemporelles. Je suis reconnaissant à chaque instant d’avoir eu la chance de les rencontrer.

Votre intérêt pour la musique s’est-il toujours fondé sur la pop ou vous êtes-vous particulièrement intéressé à d’autres styles ?

J’ai grandi en écoutant toutes sortes de styles musicaux à la maison, alors j’ai toujours apprécié la variété. Je pense que le fait que je joue de plusieurs styles m’a attiré vers les artistes avec lesquels j’ai finalement eu la chance de travailler. Ils n’étaient pas enfermés dans un style, surtout Madonna. Sa musique, et surtout ses arrangements en live supposent une capacité à comprendre et à jouer une large gamme de styles.

Votre épouse est également musicienne. Comment est-ce de travailler ainsi en couple ? 

Oui, Dessy Di Lauro et moi avons formé un groupe musical ensemble, baptisé « Parlor Social ». Nous avons quelques enregistrements sur les plateformes de musique en ligne. Elle est chanteuse autodidacte et nous avons créé de la musique ensemble dès le début de notre relation. Nous avons réalisé un bon nombre de nos rêves ensemble et cette dernière année en isolement forcé aurait pu être encore plus pénible si nous ne nous avions pas eu l’un pour l’autre. Nous sommes vraiment deux meilleurs amis. En mai dernier, nous avions débuté une série de spectacles hebdomadaires en ligne sur Youtube et Facebook depuis chez nous : ça s’appelle « Soulful Jazz Brunch ». Au fil du temps, c’est même devenu une vraie occupation pour nous et nos téléspectateurs et cela nous permet, je crois, d’oublier un peu les problèmes que nous vivons tous ensemble avec cette pandémie. C’est une vraie plateforme de soutien émotionnel ! Et nous continuons de la faire vivre en ce moment. Nous y jouons de la variété… Ça va de Bonnie Rait à Stevie Wonder et de Fleetwood Mac à Bruno Mars. Et bien d’autres encore !


Ric’key Pageot et Dessy Di Lauro forment un duo en musique comme à la ville. 

Pour quelle personne adoreriez-vous jouer si l’occasion se présentait ?

J’aimerais bien un jour jouer en duo avec la pianiste de concert Katia Labèque (artiste « 1001 Notes » en 2019, NDLR).

J’ai fait sa connaissance pendant ma première visite à Paris avec Madonna en 2008, lors d’une visite chez elle et sa sœur Marielle pour un spectacle privé. L’énergie de leur performance était palpable, au point que tout de suite après leur performance, Madonna m’a demandé si je voulais jouer également. J’ai tout de suite dit oui. J’ai sauté sur le banc de piano Steinway et j’ai joué la pièce de Chick Corea « Armando’s Rhumba ». Depuis cette soirée, je suis resté en contact avec les sœurs Labèque, surtout Katia, et nous essayons depuis d’organiser un spectacle ensemble à l’occasion de l’un de mes séjours en Europe, mais nos emplois du temps ne l’ont pas permis jusqu’à présent. Je suis sûr qu’on y arrivera un jour.

Que peut-on trouver sur votre playlist en ce moment ?

En ce moment, j’écoute beaucoup de musique de piano pour main gauche seulement, en particulier Scriabin, Godowsky et Blumenfeld. J’écoute aussi, souvent, le nouvel album Uncovered Vol.1: Samuel Colerige-Taylor du quatuor à cordes Catalyst Quartet avec Stewart Goodyear (piano) et Anthony McGill (clarinette) comme invités.

 

L’album présente la musique de chambre du compositeur de musique classique afro-anglais Samuel Colerige-Taylor (1875-1912). Les compositions et les performances sont superbes. J’écoute aussi beaucoup de Bill Evans ces jours-ci, surtout le 2e mouvement: Largo – Andante – Maestoso de sa suite pour piano et orchestre « Symbiosis ». Les harmonies sont tellement riches et typiques chez Bill Evans…


Ric’key Pageot. 

Propos recueillis par Min-Jung Kym