À 38 ans, Chloé Meyzie fait partie de cette nouvelle génération de chefs d’orchestre qui conjuguent exigence artistique, rayonnement international, engagement territorial et développement de nouveaux projets culturels. Installée à Limoges depuis plus de vingt ans, la musicienne mène aujourd’hui une activité qui la conduit aussi bien à diriger des orchestres en France et à l’étranger qu’à imaginer des projets artistiques au plus près des territoires.
Cheffe d’orchestre, directrice artistique et saxophoniste de formation, Chloé Meyzie développe également des initiatives qui interrogent les formes de création, de production et de diffusion de l’art lyrique. Elle porte notamment le projet Opéra Dordogne-Périgord, consacré à la création et à la diffusion d’opéra en région, dans un esprit de coopération avec les habitants, de transmission auprès de la communauté éducative et d’expérimentation de nouveaux modèles économiques.
La « Maestra », aujourd’hui artiste associée à l’Ensemble Instrumental de la Mayenne, sera présente tout au long du Festival 1001 Notes pour diriger l’Orchestre symphonique du festival.
FESTIVAL 1001 NOTES : BONJOUR CHLOÉ MEYZIE, QUI ÊTES-VOUS, D’OÙ VENEZ-VOUS ET QUEL A ÉTÉ VOTRE PARCOURS SCOLAIRE ?
Chloé Meyzie : Je suis cheffe d’orchestre, originaire de la Dordogne et limougeaude depuis 24 ans. Native de Périgueux, j’ai grandi entourée d’une famille de musiciens, c’est donc tout naturellement que je me suis orientée vers des études musicales avec mon premier instrument qui est le saxophone.

Mais pour exceller dans ce domaine, il fallait partir dans une grande ville afin d’avoir accès à un conservatoire à rayonnement national. J’ai donc déménagé pour suivre ma formation scolaire au Lycée Auguste Renoir et j’ai suivi en parallèle mes classes musicales au conservatoire de Limoges à l’âge de 14 ans.
J’y ai fait mes premières armes avec le parcours complet du saxophoniste, et j’ai très vite étudié l’histoire de la musique et l’analyse de la musique de chambre. J’ai été très tôt sensible aux études poussées de la musique classique. Pour mes études supérieures, je suis partie à Paris à l’université de la Sorbonne – Paris IV pour valider une licence de musicologie et enfin j’ai rejoint l’Université de Tours pour passer mon Master recherche et ma thèse de doctorat spécialisée sur les grands orchestres de jazz en France.
Mais bien entendu cela n’a pas été suffisant pour étancher ma soif d’apprentissage !
Pendant mon doctorat, j’ai réalisé que je voulais faire de la direction d’orchestre mon métier principal, je suis donc naturellement repartie en formation, de nouveau à Paris, pour un master en direction d’orchestre. Aujourd’hui, ma vie de tous les jours est à Limoges, mais je travaille en France et à l’étranger tout au long de l’année.
FESTIVAL 1001 NOTES : VOUS AVEZ QUITTÉ LE COCON FAMILIAL À 14 ANS POUR SUIVRE VOTRE DOUBLE SCOLARITÉ. CELA A DÛ ÊTRE UN GRAND SAUT VERS L’INCONNU ?
Chloé Meyzie : C’était une période très intense et j’ai très vite été confrontée à de nombreuses responsabilités parfois un peu trop grandes pour une adolescente de 14 ans. Déjà, le grand départ du cocon familial pour une ville que l’on ne connaît pas est un déchirement. Ensuite, j’ai dû apprendre à vivre seule dans un appartement tout en étant encore adolescente en construction. Je me suis retrouvée à gérer les factures courantes pour mon logement, à apprendre à bien me faire à manger, gérer le linge… bref, à vivre en autonomie de manière assez précoce.
Ensuite, j’ai dû apprendre à composer avec un double agenda. Mon agenda de jeune lycéenne et mes cours au conservatoire de Limoges pour devenir musicienne. Un mode de vie erratique qui m’a permis d’acquérir un grand sens de l’organisation, il n’y a pas de hasard.

FESTIVAL 1001 NOTES : COMMENT ARRIVE-T-ON À LA CARRIÈRE DE CHEFFE D’ORCHESTRE ?
Chloé Meyzie : C’est tout simplement un accident de parcours rires.
C’est grâce à ma professeure de saxophone de Limoges qui m’avait laissé supposer qu’au vu de ma personnalité très créative, il fallait que j’ouvre mon spectre de carrière. Elle m’a poussée à continuer mes études pour comprendre comment la musique fonctionne, et je ne peux encore que la remercier aujourd’hui car elle avait raison. La musique est formidable à jouer certes, mais pouvoir en comprendre sa substance est tout aussi galvanisant pour pouvoir monter des projets musicaux avec une équipe. À travers mon parcours universitaire, c’est devenu une évidence que la direction d’orchestre allait alors devenir ma vocation.
De plus, je suis issue d’une famille qui a l’esprit d’entreprendre, cela m’a toujours inspirée et boostée. Ce contexte familial et l’amour pour la musique se sont bien mariés dans mon esprit et cela a du sens. Être chef d’orchestre, c’est être un entrepreneur : concevoir le projet musical au global, concevoir les répertoires ou encore les équipes… et s’assurer que tout fonctionne au diapason !
FESTIVAL 1001 NOTES : LES MÉTIERS DE LA MUSIQUE SONT SOUVENT REPRÉSENTÉS PAR DES HOMMES, ET CELA EST ENCORE PLUS CRIANT CONCERNANT LA DIRECTION D’ORCHESTRE. RESSENTEZ-VOUS DES DIFFÉRENCES AVEC VOS HOMOLOGUES MASCULINS ?
Chloé Meyzie : Il faut savoir que moins de 6% des chefs d’orchestre sont des femmes. Vous en conviendrez avec moi qu’il s’agit d’un faible pourcentage. Cette profession exigeante n’est déjà pas facilement accessible, alors quand on est une femme, c’est encore pire !
Ces 6% de femmes cheffes d’orchestre sont diluées dans 3 genres de la direction d’orchestre. Du plus « confortable » au plus « précaire » :
Tout d’abord, on peut se voir confier un mandat de directrice artistique et musicale d’un orchestre. Dans ce volet, nous ne sommes que très peu car nous avons la responsabilité et le pouvoir de programmer : choisir les solistes, les compositeurs… j’ai la chance grâce à l’Ensemble instrumental de la Mayenne de pouvoir faire partie de cette catégorie.
Il y a ensuite le volet qui concerne les cheffes invitées. C’est un type de poste qui permet d’être visible pour diriger des orchestres nationaux ou des maisons d’opéra par exemple. Mais c’est un statut d’intérimaire. En effet, nous ne sommes là que pour quelques semaines avec ce statut, le temps de réaliser une mission précise pour une institution, et honorer quelques représentations avec les orchestres résidents.
Enfin, le 3ème volet, est celui que je qualifierais de plus précaire, c’est-à-dire d’être une cheffe d’orchestre indépendante. Cela consiste à proposer son propre projet orchestral de A à Z. Je vous laisse imaginer le travail titanesque pour mettre en place et financer son projet personnel sans le soutien d’aucune institution.
Pour ma part, j’ai l’immense privilège d’être dans les trois catégories, ce qui me confère une grande liberté financière et créatrice. Le plus fou dans tout cela, c’est que je n’ai rencontré aucune difficulté. Je me sens chanceuse d’avoir pu réaliser ce parcours et j’imagine avoir rencontré les bonnes personnes au bon moment pour faciliter la réalisation de cette ambition. Consciente de cela, je m’oblige malgré tout à être humble et solidaire pour mes consœurs qui souhaitent devenir cheffes d’orchestre reconnues. Je suis en pleine empathie pour elles et ma porte sera toujours ouverte pour les aider dans la mesure du possible.
FESTIVAL 1001 NOTES : COMMENT FAIT-ON POUR FAIRE CONNAISSANCE AVEC LES ORCHESTRES QUE VOUS DIRIGEZ ?
Chloé Meyzie : Le medium qui permet de faire facilement connaissance est notre connexion commune à la musique. Par déontologie, lorsque je me présente, j’arrive avec mon travail réalisé en amont pour porter la voix du compositeur que l’on va jouer ensemble ou bien pour défendre les yeux dans les yeux le projet artistique avec lequel je viens pour mes musiciens. Il est primordial d’être méticuleuse lors de la première présentation afin de gagner le respect et la confiance des musiciens. Ensuite, quand ce contrat tacite est signé, tout est plus fluide et l’on peut travailler en harmonie.
FESTIVAL 1001 NOTES : VOUS AVEZ FAIT LE CHOIX DEPUIS PLUS DE 24 ANS DE RESTER À LIMOGES, POURQUOI CE CHOIX DE VIE EST-IL ÉVIDENT POUR VOUS ?
Chloé Meyzie : C’est un choix personnel. J’ai développé le Opéra Dordogne-Périgord, pas très loin d’ici, et je voulais garder un pied-à-terre proche de mon projet. La qualité de vie rurale, mes amis, et mon mari qui est également très impliqué ici dans le club de water-polo font que je m’attache à cet écosystème chère à mon cœur.
C’est une ville où l’on peut respirer et où j’ai su tisser des liens sociaux et familiaux forts.
FESTIVAL 1001 NOTES : POUVEZ-VOUS NOUS CONSEILLER UNE BONNE ADRESSE POUR BIEN MANGER À LIMOGES ?
Chloé Meyzie : J’en donnerai même deux ! Tout d’abord mon restaurant historique, le bistrot gourmand. Une valeur sûre du centre-ville où l’on n’est jamais déçu, et sinon j’ai découvert un restaurant il n’y a pas très longtemps qui s’appelle « Un jardin en Ville » qui a une terrasse exceptionnelle !
FESTIVAL 1001 Notes : Pour conclure, que peut-on attendre au festival en votre compagnie ?
Cette année, je vous emmène d’abord à Marseille avec des Napolitains qui mêlent rap, chants traditionnels et bandonéon aux 80 musiciens de l’orchestre : une création qui honore la mémoire du Vieux-Port tout en faisant vibrer la Patinoire. Puis pour clore le festival, place à Mariam et à un programme qui fait dialoguer Bach et Ravel avec les grandes chansons africaines, de Pata Pata à Soul Makossa, sans oublier le Boléro de Ravel entièrement retranscrit aux couleurs de Bamako. Deux soirées généreuses, émouvantes, et qui vous promettent un véritable voyage.
Rétrouvez la programmation du Festival 2026 sur ici
Retrouvez les actualités de Chloé Meyzie sur son site web ou sur Instagram
Source photo de couverture : Site internet officiel de Chloé Meyzie
