INTERVIEW : THIBAULT CAUVIN

INTERVIEW : THIBAULT CAUVIN

dimanche 24 juillet 2022

Thibault Cauvin est venu pour la seconde fois jouer pour le Festival 1001 Notes, le samedi 23 juillet 2022. Pour l’occasion, il a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions après sa montée sur scène.

Vous avez joué dans de nombreuses salles différentes, quelle est la salle dans laquelle vous rêveriez jouer ?

Oh, c’est difficile ! Moi, ce qui me plaît, c’est de jouer dans des salles très différentes, c’est la diversité, les contrastes, c’est l’aventure du quotidien ! Demain, je joue dans une petite chapelle à côté de Sète, et puis aujourd’hui c’est une patinoire, après demain, je joue en haut du Mont Blanc à Chamonix. C’est ça que j’adore, c’est de jouer pour des publics très différents dans des lieux très différents, c’est ce rêve de fédérer et de rassembler.

Et comme vous avez voyagé dans beaucoup de pays étrangers, est-ce toujours le même plaisir pour vous de rentrer en France, où en êtes-vous lassé ?

Moi, je suis complètement amoureux de la France, et plus je voyage, plus j’aime la France ! Ce que je trouve fabuleux, c’est justement la diversité de notre territoire, la richesse de la gastronomie. Il y a les huitres du cap Ferret, le poisson de Bretagne, la choucroute de Strasbourg, tout ça m’enchante ! En revanche, je suis toujours autant passionné d’aller jouer ailleurs. J’ai une tournée en Amérique centrale à l’automne, ensuite je vais aller en Afrique et j’espère retourner bientôt en Asie… J’ai toujours cette curiosité et cette passion pour l’ailleurs, mais j’ai l’amour de la France !

Vous avez composé la bande-son du court métrage The Shepperd sorti en 2011, êtes-vous attiré par le monde du cinéma ?

Le monde du cinéma me plaît beaucoup. Il y a dix jours, j’étais dans un très beau festival de films à Pauillac, dans le Médoc, pas très loin de Bordeaux. Et d’ailleurs c’était extraordinaire, on dînait dans les plus beaux châteaux, on goûtait les meilleurs vins du monde, c’était magique ! C’était une célébration du cinéma pour voir de très beaux films.

C’est un monde dont je me sens très proche. Mon dernier disque était justement autour des musiques de films que j’ai aimées recomposer, repenser, voir différemment, entouré d’une formidable équipe qui m’a accompagné dans cette aventure. Depuis petit garçon, le cinéma est présent dans ma vie, mais même de manière inconsciente. Quand j’étais petit, je travaillais la guitare la journée avec mon père, et le soir, pour m’endormir, ma mère me racontait des histoires, des contes, des légendes de bout du monde. Le lendemain, quand je reprenais ma guitare, je faisais vivre les personnages dans les notes de musique. Ce réflexe, je l’ai encore aujourd’hui. Dès que je prends une partition, je commence à jouer et tout de suite, je vois des personnages, des décors, des paysages, des histoires. J’aime beaucoup ça.

Est-ce qu’il y a un ou plusieurs artistes que vous admirez en particulier ?

C’est difficile de n’en citer qu’un ! Ce que j’aime, c’est la diversité, c’est l’éclectisme. J’aime écouter toutes les musiques, que ce soit de la musique classique, du jazz, de la musique expérimentale, les musiques du monde, de l’électro, du rap. Tout peut potentiellement me plaire. C’est comme me demander quelle est ma couleur préférée : aujourd’hui ça va être le jaune, et puis demain on me repose la question je vais dire « ah non, je préfère le rouge en fait ! » et à midi ça va être plutôt le bleu. Ce que j’aime, c’est cette liberté de pouvoir choisir, d’être toujours curieux et ouvert à la sensibilité absolue.

Et au niveau des guitaristes ?

Il y en a plein ! Là encore, ce que j’adore avec la guitare, c’est justement ça. C’est l’instrument le plus décliné, le plus joué dans le monde. Il y a des guitarhero de tous bords. Et c’est ça que j’adore et que je revendique. J’ai des doigts de guitariste classique, mais j’ai un cœur de rockeur, peut-être, et puis j’ai une âme de voyageur. Quand j’étais ado, j’adorais les guitarhero qui étaient un peu comme les super héros de la guitare. Il y avait Jimmy Hendrix, le rockeur, Paco de Lucia, le flamenco, Django Reinhardt, manouche, Andrés Segovia à la guitare classique et je trouve ça fabuleux ! Et j’ai toujours eu envie de revendiquer ça : que la guitare est l’instrument de toutes les musiques, de tous les peuples, et de tous les cœurs.

Et vous, jouez-vous parfois de la guitare électrique ou vous cantonnez-vous plutôt à la guitare classique ?

J’écoute toutes les autres guitares, elles m’inspirent énormément. Mais c’est vrai que moi, je ne joue que de la guitare classique. En revanche, je peux incorporer des techniques d’autres guitares et les adapter à mon jeu de guitare classique.

La première fois que j’ai joué de la guitare électrique, c’était il y a un mois, sur l’île de Guernesey dans la maison de Victor Hugo, avec Yarol Poupaud qui est un guitariste électrique incroyable. On a été invités à vivre une très belle expérience, ça a donné un très joli film Arte, si vous êtes curieux, autour de l’épopée de Victor Hugo. On est partis tous les deux, on a mêlé nos deux guitares et ça a fait un film un peu fou ! À la fin du film Yarol me dit « mais quand même, il faut que tu essaies la guitare électrique ! » J’étais dans le salon de Victor Hugo, il était 2 heures du mat, il m’a tendu sa guitare électrique, et pour la première fois de ma vie : voilà. Donc je m’en souviendrai, ça m’a plu !

Il y en avait chez moi, j’étais toujours entouré de guitares électriques et j’adore ça. Mais c’est comme le joueur de tennis qui prépare Roland-Garros toute son année, quand il veut se détendre, il ne va pas faire du ping-pong. Il va, je sais pas, aller se promener, discuter, cuisiner, j’en sais rien !

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre prochain album qui sortira en début d’année prochaine, et qui sera consacré à l’œuvre de Bach ?

Normalement, c’est encore un peu secret… Mais j’en parle volontiers ! D’ailleurs, j’étais en Dordogne, le département juste à côté, hier et avant-hier. J’ai cherché la petite chapelle idéale pour accueillir cet enregistrement qui sera donc consacré à Bach, très épuré, moi encore, j’aime les contrastes. Le dernier disque était autour des musiques de films, tout recomposé avec des pédales d’effets de guitare électrique, quelque chose d’assez étonnant, un peu futuriste. Là, j’ai envie de revenir à l’essentiel, quelque chose sans artifice. Tous les matins, je travaille ces œuvres de Bach qui sont complètement bouleversantes. Et là, j’ai trouvé une petite chapelle fabuleuse avant-hier, qui est en Dordogne. J’enregistrerai là-bas en septembre, j’ai hâte, et le disque sortira le 17 février.

Connaissiez-vous Limoges et le Limousin avant, ou pas ?

Un peu, j’ai déjà joué ici dans ce même festival il y a deux ans. Après, je connaissais Limoges pour son rayonnement et pour toutes les belles choses qu’il y a ici, notamment la porcelaine. Moi j’aime bien les belles choses, donc ça, ça me plaît. Je crois qu’avant, je n’étais jamais venu, mais j’avais passé un merveilleux séjour il y a deux ans dans le cadre de ce festival. Revenir ici, à la patinoire, un lieu complètement étonnant, hors du temps. On ne sait pas à quelle époque on est, on a l’impression qu’on est dans les années 70, mais on pourrait aussi être dans le futur. Il y a un côté complètement magique, un peu fou, et ça me plait beaucoup.

Comme je disais tout à l’heure, pendant le concert, il y a vraiment des endroits comme ça où on se sent bien, chez soi, où on a l’impression de jouer pour des amis, et c’est vraiment le cas ici. J’aime beaucoup 1001 Notes à Limoges.

photo : Amelin Chanteloup / Romane Zucaro

Propos recueillis par Caroline Amet, Romane Zucaro, et Maxime Verhaeghe