Parmi toutes les voix de la musique classique, aucune ne suscite autant de fascination que celle du contre-ténor. À la première écoute, beaucoup de spectateurs sont surpris : comment un homme peut-il chanter aussi haut ? Cette voix venue d’ailleurs semble défier les catégories habituelles et semble parfois flotter au-dessus de l’orchestre avec une légèreté presque irréelle.
Derrière ce timbre unique se cache pourtant une histoire de plus de quatre siècles, mêlant gloire, virtuosité, scandales, oubli et renaissance. Des légendaires castrats du XVIIIe siècle aux grandes stars d’aujourd’hui, les contre-ténors perpétuent l’une des traditions les plus fascinantes de l’histoire de la musique.
À l’occasion de la venue exceptionnelle de Philippe Jaroussky au Festival 1001 Notes de Limoges, nous vous proposons de partir à la découverte de ces voix hors du commun. De Farinelli, première superstar de l’histoire de la musique, à Jakub Józef Orliński, nouvelle icône de la scène baroque, en passant bien sûr par Philippe Jaroussky, retour sur l’incroyable aventure des contre-ténors à travers les siècles.
Avant les contre-ténors : l’âge d’or des castrats
Pour comprendre les contre-ténors, il faut remonter au XVIIe siècle.
À cette époque, les femmes sont longtemps interdites de chant dans certaines institutions religieuses italiennes. Les compositeurs recherchent alors des voix aiguës capables de rivaliser avec les meilleurs instruments. C’est dans ce contexte qu’apparaissent les castrats.
Ces chanteurs subissaient une castration avant la puberté afin de conserver leur voix enfantine tout en développant la puissance pulmonaire d’un adulte. Le résultat était spectaculaire : des voix d’une agilité extraordinaire, capables de prouesses techniques inimaginables.
Pendant près de deux siècles, les castrats dominent l’opéra européen. Ils sont les véritables vedettes de leur temps, mieux payés que les compositeurs et adulés dans toute l’Europe.
Farinelli, la première superstar de l’histoire de la musique
Parmi eux, un nom est devenu légendaire : Farinelli.
Né Carlo Broschi en 1705, Farinelli est souvent considéré comme le plus grand chanteur de tous les temps. Sa virtuosité était telle que les témoignages de l’époque la décrivent comme surnaturelle. Sa réputation dépasse largement le monde musical et il devient l’une des personnalités les plus célèbres d’Europe.
Invité à la cour d’Espagne, il chante pendant des années pour le roi Philippe V, dont la légende raconte qu’il parvenait à apaiser les crises de mélancolie grâce à sa voix. Son influence est telle qu’il devient l’un des personnages les plus puissants de la cour espagnole.
Aux côtés de Farinelli brillent également d’autres géants de l’époque, Senesino, muse de Haendel, Caffarelli, célèbre pour son tempérament volcanique et Carestini, considéré comme l’un des plus grands interprètes de Haendel.
La disparition des castrats
À la fin du XVIIIe siècle, les mentalités évoluent.
La pratique de la castration devient de plus en plus contestée et finit par disparaître progressivement. Au XIXe siècle, le public préfère désormais les ténors héroïques du romantisme. Les castrats quittent peu à peu les scènes d’opéra avant de disparaître totalement. Le dernier d’entre eux, Alessandro Moreschi, meurt au début du XXe siècle après avoir laissé les seuls enregistrements sonores connus d’un castrat.
Pendant près d’un siècle, les œuvres écrites pour ces voix extraordinaires sont rarement jouées.
Alfred Deller, l’homme qui ressuscite le contre-ténor
Le renouveau arrive au milieu du XXe siècle grâce à un chanteur anglais : Alfred Deller.
Deller ne possède évidemment pas la voix d’un castrat. Il chante grâce à une technique appelée voix de tête ou falsetto. Mais son timbre fascine le public et les musicologues. À partir des années 1940 et 1950, il remet à l’honneur un répertoire oublié depuis près de deux siècles.
Grâce à lui, le contre-ténor moderne renaît.
Pour la première fois depuis la disparition des castrats, des hommes recommencent à interpréter les grands rôles baroques de Haendel, Vivaldi ou Monteverdi. Après Deller, plusieurs artistes contribuent à faire connaître cette voix dans le monde entier.
Parmi les plus importants, James Bowman, Andreas Scholl, David Daniels et Bejun Mehta
Le contre-ténor cesse progressivement d’être une curiosité pour devenir une voix majeure de la scène lyrique internationale.
Les voix d’aujourd’hui
Andreas Scholl (né en 1967, Allemagne) — élève de René Jacobs, il explose en 1998 à Glyndebourne dans Rodelinda de Haendel et reste depuis l’une des références mondiales du genre, autant pour la musique sacrée que pour des disques plus pop comme Andreas Scholl Goes Pop.
Franco Fagioli (né en 1981, Argentine) — voix sur trois octaves, spécialiste du répertoire virtuose des castrats baroques. En 2015, il devient le premier contre-ténor de l’histoire à signer un contrat avec le label classique Deutsche Grammophon.
Iestyn Davies (né en 1979, Royaume-Uni) — chanteur britannique multi-récompensé (Grammy, Gramophone Awards), au répertoire de récitaliste qui va de Dowland… à Eric Clapton. En 2017, il est fait MBE par la reine pour services rendus à la musique.
Jakub Józef Orliński (né en 1990, Pologne) — l’OVNI de la nouvelle génération : contre-ténor et breakdancer accompli. Sa vidéo de l’air « Vedrò con mio diletto » de Vivaldi, chantée en bermuda et sneakers à Aix-en-Provence en 2017, a dépassé les 11 millions de vues sur YouTube, devenant l’une des vidéos de contre-ténor les plus regardées de tous les temps.
Philippe Jaroussky, la star française
Au début du XXIe siècle apparaît une nouvelle génération de chanteurs. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Philippe Jaroussky.
Ancien violoniste, il découvre le chant à l’âge de dix-huit ans et connaît une ascension fulgurante. Son timbre d’une pureté exceptionnelle, son aisance dans les vocalises les plus difficiles et son sens de l’émotion séduisent rapidement le public international.
Ses enregistrements consacrés à Vivaldi, Haendel, Porpora ou aux airs écrits pour les castrats ont largement contribué à populariser la musique baroque auprès du grand public.
Aujourd’hui, Philippe Jaroussky est considéré comme l’un des plus grands contre-ténors de l’histoire.
Jaroussky à 1001 Notes
Philippe Jaroussky n’est pas un inconnu pour le festival. Il s’y est déjà produit aux côtés de la soprano Emőke Baráth dans un extrait de l’opéra Rodelinda de Haendel :
Il revient le samedi 18 juillet 2026, à 21h00, à la Patinoire Olympique de Limoges, pour le programme « Stabat Mater », aux côtés de la soprano belge Gwendoline Blondeel, accompagné de l’orchestre Les Accents sous la direction du violoniste Thibault Noally. Au programme : In furore et Nisi Dominus de Vivaldi, avec en point d’orgue le Stabat Mater de Pergolèse.
Philippe Jaroussky le 18 juillet 2026 au Festival 1001 Notes
Réserver vos places : festival1001notes.com
Infos pratiques
- Date : samedi 18 juillet 2026
- Heure : 21h00
- Lieu : Patinoire Olympique de Limoges
- Artistes : Philippe Jaroussky (contre-ténor), Gwendoline Blondeel (soprano), orchestre Les Accents, Thibault Noally (violon et direction)
