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mardi 16 février 2021

Le pianiste Olivier Korber a sorti l’album « Double Jeu » en 2018, un récital consacré à Chopin paru sous le label 1001 Notes. Nous revenons vers lui, trois ans après la sortie de son disque enregistré à la ferme de Villefavard.

1001 Notes : Comment va Olivier Korber en 2021 ?

Olivier Korber : Ça ne va pas trop mal *rires*. Malgré l’absence de concerts en présentiel aujourd’hui, j’ai su en profiter entre les deux confinements en proposant un programme intégralement constitué de créations originales. Un public masqué et distancié, mais en chair et en os, a pu découvrir certaines de mes pièces et apprécier celles écrites par des compositeurs qui étaient assis parmi eux !

Cette période un peu étrange a confirmé la nécessité de m’exprimer en tant que créateur, et de repenser le rôle de l’interprète. J’ai pris assez de recul pour enfin assumer que la création occupe une place centrale dans ma vie artistique.

1001 Notes : Ces nouvelles créations datent d’avant la crise sanitaire ?

O. Korber : Le printemps 2020 a notamment vu naître un cycle de huit mélodies mettant en musique Alcools d’Apollinaire. Les pièces pour piano solo créées en septembre ont été écrites dans les mois qui ont juste précédé la crise sanitaire. C’est très récent.

1001 Notes : Revenons un peu en arrière, votre album « Double Jeu » a été enregistré dans la ferme de Villefavard en Limousin, pourquoi avoir choisi ce lieu en particulier ?

O. Korber : Avant de faire ce choix, j’avais pris l’habitude d’écouter les dernières sorties de disques de piano solo de mes confrères, et de relever systématiquement les références
techniques de chaque enregistrement [NDLR : ingénieur du son, lieu, piano…].

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Ferme de Villefavard (Crédits : fermedevillefavard.com)

C’est ainsi que j’ai découvert le travail d’Hugues Deschaux, directeur artistique et ingénieur du son dont j’ai retrouvé le nom adossé à plusieurs projets dont la prise de son m’avait
immédiatement séduit. Je l’ai contacté et il a été sensible à mon souhait d’enregistrer à Villefavard, où il avait par ailleurs ses marques.

Dès que l’on a commencé à travailler ensemble, j’ai tout de suite su que « Double Jeu » aurait la signature sonore que recherchais, notamment grâce à ce lieu, au piano choisi, et bien sûr
au talent d’Hugues. L’immense atout du lieu est aussi sa localisation : j’ai pu y créer ma bulle et enregistrer durant ces quatre jours dans un écrin de verdure. Ca a été très bénéfique.

1001 Notes : « Double Jeu » est un album consacré à Frédéric Chopin. La promotion autour de ce disque s’est très vite cristallisée autour de votre autre profession,
analyste financier dans un grand groupe bancaire. Est-ce que c’est une image que vous avez volontairement véhiculée ?

O. Korber : Cette communication m’a donné l’opportunité de m’exprimer dans un large spectre médiatique, mais elle a créé d’incessants quiproquos. On a beaucoup insisté sur cette « double-casquette » au détriment du récital Chopin lui-même, malgré les multiples éloges critiques dont il a été l’objet. Je suis profondément attaché à l’authenticité de toute démarche artistique, et c’est dans cette idée que j’avais tenu à rédiger avec beaucoup de soin le livret du disque.

1001 Notes : Votre album est dédié à Chopin, n’avez-vous pas eu envie d’interpréter d’autres compositeurs dans cet opus ?

O. Korber : J’ai un lien très fort à la musique de Chopin depuis que j’ai posé mes mains sur un clavier, et j’avais beaucoup joué les Etudes opus 25 en concert avec bonheur. C’était à l’époque [NDLR : En 2018] une évidence de graver ce merveilleux cahier et de l’entourer des chefs-d’œuvre de la maturité créative de Chopin. Mais si c’était à refaire, je n’aurais probablement pas conçu l’album comme une monographie autour de Chopin.

Je tends aujourd’hui à vouloir proposer au public des programmes dont la cohérence autorise de plus forts contrastes, et qui ne laisseraient pas prise à un catalogage en tant qu’interprète de tel ou tel compositeur.

1001 Notes : Donc si un second album arrive, il ne sera pas forcement composé d’un programme dédié à UN seul compositeur ?

O. Korber : En effet, j’en profiterai même pour prendre une toute autre direction artistique. Ce serait clairement une approche entièrement tournée vers la création contemporaine. Pour valoriser des compositeurs actuels dont j’admire les œuvres, mais aussi pour confier au public mes propres compositions.

1001 Notes : Comment vivez-vous le fait d’être privé de scène à cause des conditions sanitaires ?

O. Korber : Je pense que comme tout artiste, cette situation provoque une énorme frustration. Cependant, j’ai décidé de faire « fructifier » cette période pour écrire de la musique ainsi que perfectionner mon écriture, ce qui m’occupe toujours énormément.

1001 Notes : Pour conclure, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

O. Korber : Au-delà de la crise actuelle, il me parait urgent et essentiel de recréer le lien fidèle qui a toujours existé entre public et compositeur vivant. Depuis plusieurs décennies, le
public privilégie la musique du passé à celle du présent, et le répertoire ne s’enrichit presque plus. Mais le public n’est en rien responsable de cette anomalie ! De facto, la musique
classique ne peut échapper à sa muséification que si cette tendance est inversée. Dans une époque pourtant si dominée par l’excitation de la nouveauté, et où il n’a jamais été aussi
facile de la diffuser, ce paradoxe doit soulever les bonnes questions.

Je n’y arriverai évidemment pas seul, mais ce que l’on peut déjà me souhaiter, est de parvenir à acquérir le niveau d’artisanat nécessaire pour créer des œuvres pouvant susciter un désir de réécoute. La composition c’est 1% d’inspiration et 99% de transpiration !

Merci Olivier Korber

Retrouvez Olivier Korber via sa fiche artiste 1001 Notes, son CD Double Jeu et son site web.
Crédits photo de couverture : Laurent Bugnet