Sylvain Griotto : « J’aime m’infiltrer dans toutes les musiques »

Sylvain Griotto : « J’aime m’infiltrer dans toutes les musiques »

mardi 8 juin 2021

Sylvain Griotto fait partie de ces artistes – sans doute trop rares – qui s’attachent à décloisonner en permanence les répertoires, les époques et les styles. Le pianiste et compositeur nous donne rendez-vous le 30 juillet prochain au Festival 1001 Notes pour une expérience musicale inédite. Entretien.

 

Comment s’est passée pour vous l’année écoulée ?

« On peut dire que ça ne s’est pas trop mal passé ! J’ai la chance d’avoir deux métiers : pianiste et compositeur, qui sont comme deux personnages différents. Le piano me permet d’explorer tous les styles tandis que la composition m’amène vers un répertoire plus contemporain. Durant cette période de pandémie, quand je ne pouvais pas travailler comme pianiste, le compositeur prenait le relai, et inversement.

Mon quotidien, c’est d’accompagner la danse classique et contemporaine au Conservatoire National Superieur de Musique et de Danse de Paris. J’aime beaucoup cela d’ailleurs, et cela me permet de m’exprimer au clavier de manière assez libre. Par chance, les cours de danse au Conservatoire ont continué durant le deuxième confinement. 

Sur le plan créatif, il y a des choses qui m’ont sauvé durant cette année de confinement :

En janvier 2020, j’ai décidé de commencer à me filmer au piano en diffusant les vidéos sur Youtube chaque mardi matin. Je me mettais à mon piano et je jouais une cover (reprise d’un morceau, NDLR). Je prenais par exemple un air classique et le jouais de manière actuelle, ou à l’inverse, je prenais un morceau contemporain que je jouais de manière classique. Alors au début, c’était facile car j’avais pas mal de morceaux en réserve… C’est devenu plus difficile au fur et à mesure. À l’heure où je vous parle, j’en suis à mon 75ème mardi et n’en ai pas manqué un seul ! Finalement, j’ai décidé de continuer cela en 2021 en me fixant des règles esthétiques : je me filme exclusivement au téléphone, sur le piano que j’ai sous la main, dans des lieux qui varient… Je m’enregistre lors de mes déplacements et chaque fois je m’attache à surprendre mon auditoire. J’ai aussi donné des rendez-vous sur Facebook, ce qui m’a surtout permis de rester connecté à mes proches et de maintenir le lien pendant le confinement.


Comment décririez-vous votre relation au piano ?

Ma relation au piano est charnelle ! J’ai une très bonne amie qui me dit que je joue du piano comme si je parlais… Je m’exprime littéralement à travers le piano. Parfois, ce peut être un défaut… j’ai le syndrome des doigts qui jouent tout seul, et j’ai parfois du mal à me discipliner ! Je ne suis pas un jazzman malgré ma pratique de l’improvisation. Je préfère utiliser ce rapport au clavier pour m’infiltrer dans toutes les musiques, même si bien sûr au départ je suis de formation classique.

Le piano n’est pas un instrument que l’on tient dans ses bras comme un violon ou une contrebasse… la relation d’un pianiste à son instrument est plus complexe qu’on ne le croit, elle ne consiste pas seulement à appuyer sur des touches. Il faut trouver une manière de s’approprier ce partenaire. Dans mon cas, c’est le rapport au mouvement qui m’a aidé, il m’a fallu accepter ma manière de bouger. Ma proximité quotidienne avec la danse m’a permis de réellement devenir pianiste.

Comment s’est passée votre première rencontre avec le Festival 1001 Notes que vous retrouverez de nouveau fin juillet ? Que nous avez-vous concocté cette année ?

Je jouerai en effet le 30 juillet prochain au Festival 1001 Notes avec un projet spécial qui sera un miroir de ces rendez-vous du mardi matin dont je parlais, ce sera une sorte de synthèse. L’idée est de montrer différentes facettes et d’utiliser des morceaux très populaires, qu’il s’agisse de groupes pop-rock contemporains ou de grands compositeurs classiques. Mon but sera de faire passer l’émotion que je ressens en jouant ces morceaux. Il est important pour moi que ces morceaux soient très connus. Je précise que ces morceaux seront semi-improvisés même si je respecte un certain format. Je ne me limite pas sur le moment et ne m’oblige pas à les apprendre par cœur. Selon l’humeur, cela peut varier, y compris pendant le concert !

Propos recueillis par Caroline Gaujard-Larson

Suivez la chaine Youtube de Sylvain Griotto, « C’est Mardi Matin » !