Thylacine : « La musique est pour moi un antidote »

Thylacine : « La musique est pour moi un antidote »

samedi 3 avril 2021

Thylacine, chez lui, en mars 2021 © Thomas-Morel-Fort

Avec son dernier album Timeless, Thylacine voyage à travers le temps et les styles en revisitant les maîtres immortels du répertoire classique façon électro. Onze morceaux et autant de pépites à l’éclat ravivé. Entretien avec Thylacine, un compositeur hors catégorie.

Vous avez composé l album Timeless pendant le premier confinement. Pourquoi ce titre?

«Timeless est un projet un peu particulier. Au départ, il s’agissait d’un jeu. J’ai d’abord composé un premier morceau à partir d’une mélodie d’Erik Satie. Et puis le premier confinement est arrivé en quelque sorte au bon moment. Ça m’a permis de me poser. Le nom Timeless (« intemporel » en anglais, NDLR) m’est venu rapidement pour ce projet. L’idée est de reprendre des mélodies intemporelles et de faire se rencontrer des styles de musique différents.

 

Le clip du morceau « Sheremetiev » montre des musiciens classiques qui semblent figés pour l’éternité. Sont-ils ici oubliés ou leur répertoire est-il éternel ? La musique électronique n’est-elle pas au contraire la musique de l’immédiateté ?

L’idée ici c’est de faire remonter ces musiciens classiques à la surface de l’océan. Le clip est un peu inspiré de l’orchestre du Titanic, disparu avec le paquebot. L’orchestre remonte à la surface tout comme les mélodies du compositeur Alexander Sheremetiev, un compositeur russe que j’ai particulièrement aimé d’ailleurs.

Thylacine © Thomas-Morel-Fort

Quel est votre rapport habituel à la musique classique ? Ce mariage avec l’électronique est-il naturel pour vous ?

On peut dire que la musique classique a été pour moi une redécouverte, même si j’ai travaillé ce répertoire un court moment. Je me suis tourné rapidement vers le jazz, le classique était pour moi à l’époque un répertoire avec lequel j’avais un rapport d’école « forcé ». Depuis que je suis devenu compositeur, j’apprécie davantage la musique classique. L’occasion de me replonger dans tout cela…

Comment l’idée de faire un album en remettant au goût du jour le répertoire classique vous est-elle venue ?

L’idée m’est venue alors que je me trouvais au Château de Versailles. C’est un lieu très chargé. Il y a dans ce lieu une temporalité particulière. Je me suis dit que des rencontres entre différents univers étaient possibles sans même prendre un avion. Et puis le projet a mûri.

Pour qui composez-vous, pour qui jouez-vous ?

Je compose pour moi et je joue pour moi aussi, en partie, même si le moment du jeu est à la fois un moment de plaisir et d’échange. Mais je compose vraiment pour moi-même… C’est une sorte d’antidote : je vais mieux lorsque je fais de la musique. Et il est important de composer en toute liberté d’esprit. Il faut se faire plaisir à soi-même avec une telle discipline.

Thylacine © Thomas-Morel-Fort

Vous jouerez au festival 1001 Notes cet été, hâte de remonter sur scène ? 

J’ai hâte de remonter sur scène, oui. Même si depuis six ou sept ans, j’ai enchaîné les tournées non stop… Là, on a pu pas mal enregistrer. Lors de concerts, j’aime que les choses ne soient pas trop « écrites », et que l’on garde ainsi une bonne marge d’improvisation. C’est d’ailleurs une chose que j’apprécie beaucoup dans le jazz. On ménage ainsi un risque d’ « accidents », et les accidents sont parfois heureux.

Avez-vous d’autres projets en cours, de futurs albums ou collaborations ?

Beaucoup de projets se préparent de mon côté, tous assez différents les uns des autres. Je vais par ailleurs travailler sur un spectacle avec Mourad Merzouki. Je travaille aussi sur des projets vidéo et participe à divers projets artistiques qui n’incluent pas uniquement ma musique. J’aime cette diversité artistique, moi qui viens des Beaux-arts au départ. »

Propos recueillis par Caroline Gaujard-Larson


Thylacine © Thomas-Morel-Fort

Thylacine sera en concert le 25 juillet 2021 au Festival 1001 Notes, plus d’infos ici